Alors qu’il est en chasse,
Le grand blanc change si brutalement de trajectoire
Que sa rémora pourtant solidement accrochée par sa ventouse,
En est soudain éjectée.
Par chance il revient constamment sur lui-même,
Cependant elle peine à le rejoindre
Sitôt qu’elle y parvient et s’y ancre à nouveau
Elle s’exclame furieuse :
- Albert, car c’est ainsi qu’elle le nomme dans son langage muet
Qu’est-ce qui t’a pris à faire volte face aussi violemment,
Tu a failli me perdre définitivement ?
Lui se contente de grommeler
- Te perdre, te perdre... bon débarras oui !
Il l’aime bien, il y a tant d’années qu’ils sont ensemble,
Mais il s’en voudrait de l’avouer.
- Bon débarras ! C’est tout ce que tu trouves à répondre goujat !
Si je ne veillais pas sur toi
Pour t’éviter le pièges mortels dans lesquels tu risquerais d’y perdre ta grande carcasse
Que t’adviendrait-il ?
Il grommelle encore mais cette fois avec bonhomie ;
S’il étais en était capable il sourirait mais ne peut que laisser échapper quelques bulles de sa gueule
- Prétentieuse,
Tu crois me guider mais tu n’es qu’une « mouche du coche » comme disait le fabuliste ;
En fait tu es seulement un paresseux parasite !
Tu ne vas pas prétendre que ce sont tes nombreuses sœurs arrimées sous les coques des navires
Qui guident ceux-ci ?
Mon oeil oui !
Simplement ainsi elles s’épargnent la nage pour mieux paresser !
En réalité seuls leurs capitaines les dirigent !
- Mais si, grâce à notre fluide dont ils sont inconscients !
- Tu n’es qu’une affabulatrice !
Cesse de « râler » car je t’aime bien tout de même, finit-il par reconnaître.
Je te promets d’être moins vif désormais.
Satisfaite sans le montrer d’avoir eu le dessus sur l’énorme prédateur, elle conclut :
- Soit n’en parlons plus.
Pour cette fois je te pardonne, nous verrons si tu tiens parole...
Ainsi put-on les voir encore durant de nombreuse années,
Lui chassant,
Elle indéfectiblement soudée à son grand corps.
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