Jeudi 29 octobre 2009

            A l’heure convenue Abdel sonne à la porte de Claire. Il n’y a que deux jours qu’ils se sont quittés, pourtant, effet de son emploi du temps chargé, il lui semble ne pas l’avoir vue depuis un siècle. Ils s’étreignent longuement avec une passion réciproque. Elle s’est beaucoup « réchauffée » depuis leur première rencontre, et semble avoir totalement oublié son ancienne résolution de ne plus jamais aimer qui que soit durablement. Ils se disjoignent enfin et Claire présente la jeune tchétchène qui jusque là s’était tenue timidement à l’écart.

- C’est donc toi Liana. Tu es charmante. Je te tutoies si tu le veux bien, et je t’invite à me parler de même. Tu acceptes ?

- Oh oui ! Je suis contente de te connaître.

Contrairement à Claire qui porte encore une de ses chemises trop grandes bigarrées de taches de peinture de toutes les couleurs, Liana a revêtu un pull strict immaculé et un pantalon beige clair, les deux provenant certainement de la garde-robe de l’artiste.

- Avez-vous travaillé comme vous le souhaitiez les filles ?

- Plus encore ! s’exclame Claire en entraînant Abdel devant les toiles déjà bien ébauchées.

- Et tu en peins trois à la fois ?

- Oui. Liana m’inspire énormément. Encore plus, je crois, depuis qu’elle m’a confié son histoire.

Tout en appréciant le travail déjà accompli, Abdel reste une fois de plus dubitatif sur la manière de peindre de son aimée… Enfin puisque ça plait, tant mieux.  

- Bien je vais m’habiller un peu mieux, ajoute Claire, rieuse et virevoltante. Av…

- Moi je trouves très bien comme ça l’interrompt Abdel en lorgnant sans vergogne la poitrine libre et à peine voilée de sa belle !

- Je m’en doute, cochon que tu es! Mais ce n’est pas le moment ! Un peu de tenue monsieur Ben Kajedrah, il y a une jeune fille !

Primesautière, elle disparaît vivement dans la chambre. Redevenu sérieux Abdel entame la conversation avec Liana.

- Alors, tu te plais ici ?

- Beaucoup. Claire est un chic fille, et avec elle je me sens en sécurité… Regarde ce qu’elle m’a acheté ce matin, dit-elle en exhibant un minuscule téléphone portable. Elle a d’ailleurs profité de l’occasion pour s’en acheter un aussi.

- Echangeons tout de suite nos numéros, répond-il en sortant le sien à son tour.

Tandis qu’ils procèdent aux enregistrements de leurs coordonnées respectives, Claire réapparaît. Elle a troqué son « torchon » maculé et son jean contre une mignonne robe rose assez courte (légèrement translucide car dessous on devine un minuscule slip blanc), et suffisamment échancrée pour voir ses seins nus presque jusqu’aux aréoles. Un régal pour les yeux !       

- Tu es à croquer mon bonbon rose, s’exclame Abdel en la découvrant !

A sucer plutôt, j’en ai l’eau à la bouche ! mais nous ne sommes pas seuls. Tu verras cette nuit.

A la manière dont elle rit alors, il y a fort à parier qu’elle a eu la même pensée !.. A ce moment, la sonnette d’entrée l’arrache à ses salaces élucubrations. C’est le traiteur. Tous trois le débarrassent de son précieux chargement avec célérité, Abdel signe discrètement un bordereau, et quand ils sont à nouveau seuls, Claire propose l’apéritif.

Verres en main, ils s’installent confortablement, les amoureux alanguis l’un contre l’autre, et échangent de joyeux badinages. Cependant le regard d’Abdel se porte souvent jusqu’à la photographie qu’il avait remarquée dès sa première visite. Il se pique de ne jamais être indiscret mais sa curiosité est telle qu’il finit par demander :

- Le double portrait la-bas, c’est celui de ceux que tu appelles tes parents de cœur n’est-ce pas ?

Aussitôt il sent Claire se contracter dans ses bras. Avec retard elle consent enfin à répondre évasivement.

- Ce sont eux en effet.

- As-tu donc encore tant de peine que tu ne veuilles pas m’en parler ?

- Ça ne concerne que moi, dit-elle d’une toute petite voix, regard voilé proche des larmes.

Attitude qui ne lui ressemble guère, pour autant qu’il la connaisse. Emu plus qu’il ne voudrait l’être, il l’embrasse tendrement. Décidément c’est un sujet sensible. Tant pis.

- Je ne saurais donc jamais rien de vous mademoiselle Mougin, je ne sais même pas si tu as encore tes vrais parents,  reprend-il  plus primesautier ?

- Il n’y a rien à savoir. Crois-tu que mon petit passé étriqué ait un quelconque intérêt, surtout maintenant que tu connais celui de Liana, conclue-t-elle presque rageuse !

Dans les jours qui suivront, l’intimité des séances de pose aidant, Claire ouvrira pourtant son cœur à sa nouvelle amie. Présentement il serait vain de s’acharner. Mieux vaut changer de sujet et en revenir à des frivolités…

- Je ne t’ai pas encore dit : j’ai quartier libre jusqu’à lundi matin.

- Ne vas croire que tu vas t’incruster chez moi ! Nous avons à travailler Liana et moi !

Mais le trouble puis la colère de Claire sont retombés, elle ne fait que semblant d’être furibonde. Abdel se lève d’un bond, faussement humble mais réellement facétieux, met un genoux à terre devant sa belle et déclare qu’il est aux ordres de sa princesse ; ce qui déclenche le rire de la jeune modèle.

Au cours du dîner, ils reparlent un peu de Sergueï, mais Liana n’a plus rien à révéler, et Abdel ne peut rien dire de son enquête puisqu’il préfère continuer à taire aux filles sa véritable profession. Moins elles en sauront et moins elles courront de risques, pense-t-il. Peu avant minuit Claire et Abdel abandonnent le séjour-atelier à Liana, en s’excusant de la quitter déjà. Elle comprend sans amertume qu’ils sont impatients de s’étreindre librement. Sitôt la porte de la chambre refermée, il lui murmure en effet de ne pas ôter sa coquine robe tout de suite tant il a envie de la caresser dessus, dessous, et plus encore. A travers les tissus Claire sent le sexe raidi de son partenaire contre le sien tout aussi embrasé, et bientôt ils basculent sur le lit en un corps unique. 

 

Par Gérard HULOT - Publié dans : Roman : Filière russe
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